02 décembre 2006
Fiche de lecture # 3
Du livre électronique à l’encre électronique : Nouveau papier, nouveau livre ?
Krebs Constance. BBF 2006 - Paris, t. 51, n° 4.
http://bbf.enssib.fr/sdx/BBF/pdf/bbf-2006-4/bbf-2006-04-0038-006.pdf
Titulaire d’un DEA de littérature comparée, Constance Krebs a été éditrice aux éditions 00h00 de 1997 à 2002. Elle est actuellement conseillère éditoriale indépendante et prépare une thèse de doctorat à l’université Paris III. Elle collabore à Remue.net.
Alors que depuis une dizaine d’années, les fabricants d’e-book font de grandes promesses, pour finalement collectionner les désillusions, l’auteur s’interroge sur les causes de ces échecs au marché pourtant prometteur.
Dans un premier temps, l’auteur fait le point sur les outils de lecture numérique apparus à la fin du 20e siècle. Ainsi, aux Etats-Unis, en France, et en Asie, des laboratoires commencent à commercialiser des outils conjuguant les fonctionnalités des ordinateurs, des logiciels et des baladeurs. L’apparition de ces nouveaux outils pouvant tenir dans la poche, permettant la lecture de roman, l’annotation du texte, où la recherche de mots dans un dictionnaire suscita quelques débats concernant son appellation.
Puis, l’article dresse un panorama de ces différents outils, précurseurs du livre électronique. Ainsi, Microsoft invente le Reader et propose aux éditeurs de verser directement le contenu via internet. Mais l’outil ne convainc ni l’utilisateur dont les habitudes de lecture ne semblent pas évoluer, ni les acteurs de la chaîne éditoriale. L’utilisateur préfère ces concentrés de technologies appelés assistants personnels, offrant des services multiples, dont la lecture de texte téléchargé. Pourtant deux modèles de livre électronique seront commercialisés aux Etats-Unis. En France la société Cytale présente le Cybook, un prototype entièrement consacré à la lecture sur écran, dont les fonctionnalités sont décrites par l’auteur.
Toutefois, malgré les efforts des constructeurs pour développer des supports de lecture confortable, l’utilisateur n’est pas séduit. La lecture sur écran ne peut substituer le support papier. Qu’a cela ne tienne ! Le MIT Laboratory innove et développe le papier et l’encre électronique. Et pourtant le support de lecture électronique reste un échec commercial : manque d’autonomie, coût trop élevé…
Ensuite, l’auteur souligne le fait que cette absence d’engouement pour la lecture sur écran n’est pas d’ordre technologique. Le problème est lié non seulement à l’utilisateur, et à ses habitudes, mais aussi aux professionnels de l’édition. En effet, pour les usagers, la lecture numérique est une activité et un outil de travail. Ce mode de lecture n’est pas considéré comme un loisir, au même titre que la télévision ou la musique. Le fait de pouvoir télécharger et lire un livre sur un écran est impensable. En ce qui concerne les maisons d’éditions, le problème est équivalent, Internet reste un simple outil de communication, alors qu’il pourrait être un atout commercial à exploiter. Selon l’auteur, les éditeurs restent absents devant ce phénomène, alors qu’ils auraient un rôle important à jouer pour amener le public à retrouver non seulement le goût pour la lecture de loisir, et l’appropriation de nouveaux modes de lecture.
Pour conclure, l’auteur montre et rappelle que le numérique est inscrit dans nos quotidiens et invoque aussi bien les lecteurs que les professionnels de l’édition à prendre part et s’impliquer à cette évolution technologique.
Commentaires
La lecture de cet article m’a semblé intéressante du fait de l’actualité du sujet. L’article permet de faire le point sur les différentes expérimentations qui ont eu lieu en France, aux Etats-Unis et en Asie concernant le livre électronique. De même, il est intéressant de comprendre les causes de l’échec commercial en France. Cet article permet aussi de se rendre compte des disparités existantes entre les pays. Ainsi, le papier électronique semble avoir été adopté en Chine ou au Japon qui l’utilise soit dans un but d’apprentissage soit comme un simple outil d’information en temps réel. L’article souligne à juste titre que l’offre et la demande de livre électronique reste faible. Les éditeurs restent assez discrets sur ce sujet, et le lecteur peine à s’approprier ce nouveau mode de lecture. L’article montre bien que la lecture sur écran suscite un nouveau contrat de lecture. Le problème n’est pas tant dans la technicité ou la disparition du livre papier mais plutôt l’appropriation et la diversité des pratiques de lectures.